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03 mars 2020

Un aménageur s'implique pour qu'un quartier de ville donne toute leur place aux femmes

La question du genre est largement documentée. Reste à parvenir à favoriser, en tant qu'acteur de la fabrique de la ville, le bien-être et la confiance des femmes dans l'espace public (voire même dans la sphère intime de l'habitat privé). Des collectivités et des aménageurs se sont lancés. Grand Paris Aménagement entame à son tour une évolution globale de son approche, en s'appuyant sur son site pilote du Bas-Clichy, dont la maîtrise d'œuvre a été attribuée en janvier 2020 à Michel Guthman Architecture et Urbanisme (urbaniste et mandataire), accompagné de Base (paysagiste), Tugec (BET VRD), Thierry Maytraud - Agence ATM (BET spécialisé gestion des eaux pluviales) et ON (éclairagiste). Groupement qui continue à travailler sur le plan guide réalisé par Base (avec Lambert-Lénack) pour faire sortir un AVP à l'horizon de juillet 2020 -et aura donc à intégrer davantage les enjeux autour du genre.

Les études sur le genre sont nombreuses, mais la question reste encore largement impensée en matière d'aménagement, et surtout, est difficile à traduire de manière pratique et opérationnelle. Quelques bureaux d'étude se sont bien spécialisés sur l'enjeu des usages et de l'inclusion, avec pour certains une approche spécifique sur le genre, mais ils sont peu nombreux. En France, le plus connu est le bien nommé Genre et ville, une plateforme de recherche et d’action, composée d’urbanistes, de sociologues, d’architectes, d’artistes, dont l’objet est de rendre les territoires égalitaires et inclusifs en agissant par l’urbanisme, l’aménagement urbain, l’architecture et l’organisation sociale. Dans le même temps, des chercheurs travaillent sur le sujet, tels que le géographe Yves Raibaud à Bordeaux, auteur il y a quatre ans de "La ville, faite par et pour les hommes : dans l'espace urbain, une mixité en trompe-l'œil".

Comme d'autres collectivités et aménageurs, Grand Paris Aménagement lui aussi a amorcé une démarche, encore embryonnaire, mais qui a vocation à essaimer pour embrasser le champ global de ses interventions. "Une territorialisation de la démarche est [toutefois] indispensable pour prendre en compte la géographie des lieux et le profil démographique, social et économiques des habitant.es" et "l'’implication d’habitant.es et de groupes d’habitant.es peut également sur le long terme conduire à un 'empowerment' (ou autonomisation) des femmes du quartier", selon GPA.

Chausser les lunettes du genre et ne plus les quitter

Le projet urbain de la ZAC du Bas-Clichy à Clichy-sous-Bois, engagé récemment, lui donne l'occasion de chausser les lunettes du genre pour ne plus les quitter sur l'ensemble de l'opération. Avec un postulat de départ : "sur la place de la Madeleine dans le 8e arrondissement de Paris comme à Villiers-le-Bel [Val-d'Oise], les femmes passent et ne s'arrêtent pas dans l'espace public", mais aussi une nette différence : une forme de "double peine" avec la fragilité économique et sociale de la plupart des femmes du second secteur, note Anna Kern. La cheffe de projet habitat privé à Grand Paris Aménagement, qui travaille sur la ZAC du Bas-Clichy, a présenté de premières recommandations pour un aménagement inclusif lors du festival "Elles Fest", organisé par SNCF Immobilier à Ground Control en fin de semaine dernière. Au programme : les usages genrés dans l'espace public.

Grand Paris Aménagement a confié au collectif Approches!, un atelier d'urbanisme installé depuis quelques années à Aubervilliers, un diagnostic sensible sur la place des femmes dans ce secteur de Clichy. La méthode d'Approches! se veut à la fois qualitative et quantitative : pour le second volet, le collectif passe par un comptage des personnes à différentes heures de la journée, de la semaine, etc. ; il mène parallèlement des micro-trottoirs et des ateliers en petits groupes pour faire remonter le ressenti. Parmi leurs enseignements, qui peuvent sembler relativement classiques mais sont finement documentés : un attrait spontané des femmes pour des lieux ouverts où l'on peut voir et être vue ou encore des stratégies d'évitement de lieux (tels que les city stade, grillagés donc fermés) où des groupes d'hommes sont positionnés de manière soutenue.

Situation de la ZAC - GPA - cliquer pour agrandir

BACL_Annexe-1_Perimetre de la ZAC.jpg

Des espaces mieux pensés pour les femmes 

Le collectif, représenté à Elles Fest par l'urbaniste Kelly Ung, recommande de construire des partenariats avec différents services municipaux pour leur faire penser aussi la place des femmes - la question étant au fond celle de l'émergence d'un espace public convivial et accueillant pour tous. Certains emplacements stratégiques (les "sous-espaces", selon la terminologie de Kelly Ung) doivent être pensés avec attention afin que les femmes puissent les investir durablement : les pieds d'immeuble et le parvis de l'école, par exemple. L'enjeu étant aussi de travailler sur l'éclairage extérieur et le parcours, pour ne pas laisser d'obstacles sur la route - autant de repoussoirs possibles.

Cela tient parfois à des choses très simples : Anna Kern cite le cas dans une autre ville d'une cage de football cassée, retirée d'un citystade et qui n'a finalement jamais été réinstallée parce que d'autres pratiques s'étaient installées spontanément. Des femmes et des familles s'étaient réappropriées le site, permettant une répartition plus égalitaire de l'espace. Pour la cheffe de projet, il s'agit donc désormais de penser à un aménagement qui permette de créer les conditions de cette inclusivité en amont et non plus seulement de manière accidentelle. 

Plan masse de la ZAC - Base / Lambert Lénack - cliquer pour agrandir

ZAC Bas Clichy Plan masse.png

Une approche intégrée pour un lieu plus accueillant et durable

Pour la ZAC du Bas-Clichy, qui se déploie sur le périmètre de l'Orcod-IN et a été concédée à Grand Paris Aménagement en juillet 2019 par l'Epfif, le groupement de maîtrise d'œuvre a été choisi en janvier 2020 (> Lire notre article "ZAC du Bas-Clichy : le projet urbain vers sa nouvelle version"). Michel Guthman Architecture et Urbanisme (urbaniste et mandataire) est accompagné de Base (paysagiste), Tugec (BET VRD), Thierry Maytraud - Agence ATM (BET spécialisé gestion des eaux pluviales) et ON (éclairagiste) pour continuer à travailler sur les fondamentaux et le plan guide réalisé par Base (avec Lambert-Lénack) - avec en ligne de mire un AVP à horizon de juillet 2020, en vue du dépôt du dossier de réalisation et des autorisations environnementales.

Le groupement s'appuiera sur la phase d’approfondissement de la programmation sur les aspects développement économique et commercial, habitat, mobilités, et aménagement des espaces publics majeurs (futur parc de la Lorette, Pelouses nord, parc de la Mairie et promenade du Mail) intégrant la question du genre, menée à l’automne et hiver 2019/2020. 

Grand Paris Aménagement entend inscrire son action sur la ZAC du Bas-Clichy dans le cadre d'une approche intégrée de développement durable, avec l'enjeu de la maîtrise du coût global du projet urbain, de la préservation de l'environnement et du développement social - cette dernière orientation devant être travaillée par l'AMO recherché par GPA pour mettre en œuvre le volet genre. L'aménageur vise notamment une appropriation des espaces publics et privés par tous et toutes, passant entre autres par des démarches d'insertion s'adressant aux publics les plus éloignés.

Phasage des espaces publics - Base / Lambert Lénack - cliquer pour agrandir

BACL_Annexe-4_Phasage des espaces publics.png

Mieux concevoir le projet avec la participation des femmes

Il s'agit aussi, pour faire émerger un morceau de ville accueillant, de rendre visibles les usages des femmes pour mieux concevoir le projet urbain. "Nous souhaitons créer des espaces publics, des logements, et des espaces de transition entre le privé et le public appropriables", explique l'aménageur. "Cette démarche est aussi l’occasion d’un 'pas de côté' nous faisant réfléchir sur la façon dont nous concevons, conjointement avec nos partenaires et nos maîtres d’œuvre, les projets urbains, et sur la façon dont nous pouvons (re)mettre les usager.es au cœur des projets."

Dans le prolongement de la démarche de prise en compte des usages genrés initiée en phase programmation avec l’aide d’Approche.s !, le bureau d’étude en charge de cette mission aura la tâche d'approfondir le diagnostic, d'élargir le sujet au logement et à la résidence, de mettre à jour le diagnostic en période printanière et estivale, d'animer la réflexion sur le sujet avec l’équipe de maîtrise d’oeuvre en phase plan guide et AVP, de poursuivre le dialogue et animer une co-construction avec les habitantes, par le biais de l’approfondissement d’un sujet avec un groupe de femmes référentes ; de faire le lien avec les autres porteur.euses de projets sur l’Orcod-IN et notamment avec la démarche d’urbanisme transitoire pilotée par l’Epfif. L.R.

Date limite de remise des offres : 20 mars 2020
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