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20 septembre 2021

Guillaume Flachat, EDF : "On débouche sur un premier niveau de réponse aux enjeux climatiques"

Pour le directeur du développement des territoires chez l'énergéticien, les acteurs de l'aménagement sont "au-delà de la phase de prise de conscience". Pour lui, les Entretiens du Cadre de Ville seront utiles pour "découvrir, chercher ou conforter des idées, comprendre des tendances, entendre des retours d'expérience, trouver de nouvelles références dans la multiplicité des thématiques, et chercher de nouvelles synergies".

Guillaume Flachat, directeur Territoires et action régionale chez EDF GroupeGuillaume Flachat.jpg  

Avez-vous le sentiment que les acteurs de l'aménagement sont passés à une logique nouvelle, plus conforme aux enjeux climatiques ?
Oui. On est au-delà de la phase de prise de conscience. D'abord, on sent une maturité sur ces sujets, malgré leur complexité administrative, financière et technique. On peut parler d'incubation, qui débouche sur un premier niveau d'aboutissement, tant en termes de solutions techniques que de montages.

Ensuite, prendre en compte les enjeux climatiques est une condition de réalisation des projets. Un programme qui n'intègre pas ces enjeux, dans une vision globale et une approche de concertation, ça ne passe plus. Ni vis-à-vis des habitants ni des élus, sans parler des obligations réglementaires.

Enfin, troisième raison, l'expérience des dernières années montre les effets des dérèglements climatiques. La preuve est directement apportée par des catastrophes. De la Faute-sur-Mer à la vallée de la Roya, on voit la réalité du changement climatique.
De fait, on est passé à l'action, même s'il reste du chemin à parcourir. Il y a encore des contradictions. Certains tiennent des raisonnements utilitaristes : "Si tu ne mets pas du bois, ton projet ne se fera pas." On voit coexister - parfois chez les mêmes acteurs - le passage à l'action, tout en se raccrochant à des attitudes anciennes ancrées.

Comment EDF contribue-t-elle à accélérer ce mouvement dans les villes et les projets urbains ?
Nous avons été bousculés comme tout le monde, et tout le monde va l'être encore. Aujourd'hui, chez EDF, notre contribution à l'accélération de la prise en compte des enjeux climatiques dans le développement urbain tourne autour des solutions décarbonées - nous proposons un mix énergétique à 98% décarboné -, doublées d'un usage raisonné de l'électricité de réseau. Nous sommes conscients que la maîtrise des consommations reste toujours un sujet. Beaucoup a été fait dans ce domaine - voyez par exemple l'éclairage public.

Sur les réseaux locaux, de chaleur et de froid, de récupération de chaleur fatale, il faut dépasser le concept, une fois qu'on a dit que ça a un sens. Sur la ZAC Ferney Voltaire dans le pays de Gex, par exemple, nous avons conduit des études assez poussées sur le mode de récupération de chaleur fatale du Cern notamment, et sur les autres sources possibles. On arrive vite à la question scientifique de la mesure de l'analyse du cycle de vie de l'écoquartier, et de la façon de l'objectiver. Outre les questions juridiques, et de durabilité des solutions, on doit prendre en compte que la pérennité de certains sites industriels dont on récupère la chaleur fatale peut être remise en cause, ou le process. Tous ces éléments font que le modèle de mise en œuvre c'est pas si simple que ça à établir. Cela fait partie de ce qu'on observe.

Nous avançons aussi sur le sujet des transports décarbonés, et notamment de l'hydrogène électrolytique décarboné, notamment avec notre filiale Hynamics. Nous finalisons l'installation d'une solution à Auxerre pour alimenter le réseau de transport en commun, et bientôt les TER - le projet sera présenté le 5 octobre aux Entretiens du Cadre de Ville. La décarbonation de l'hydrogène utilisé dans les process est, in fine, un vrai sujet d'aménagement.

Nous sommes conscients du challenge à relever pour inventer des solutions reproductibles, robustes, et répondant à des contraintes financières mais aussi climatiques - qui sont bien différentes.

Nous parvenons à être pionniers sur certaines techniques, par exemple sur la qualité de l'air à Villiers-sur-Marne, grâce à un engagement fort du maire. A sa demande et en collaboration avec notre département R&D, nous avons travaillé sur un modélisateur permettant de construire et dimensionner des solutions concrètes pour mieux traiter la qualité de l'air, réduire l'exposition des populations (en particulier les plus fragiles) à la pollution et à la contamination de l'air. Cette solution, portée par le groupe EDF, est un véritable outil de réflexion dont les enseignements sont des indicateurs précieux en terme d'aménagement du territoire, de rénovation du bâti comme de constructions neuves.

Donc, oui, nous participons à une révolution, et, au sens propre, il a fallu opérer un quart de tour... en évitant de revenir à notre position initiale.
Nous ne sommes pas "tout-sachant" dans cette démarche. Plus qu'avant, nous devons construire avec d'autres, issus de cultures et d'histoires différentes. L'autoconsommation, par exemple, basée sur le photovoltaïque, fait partie des solutions à développer, mais pose encore des questions techniques et économiques.
Nous cherchons à être flexibles, et nous sommes conscients que nous y arriverons avec les autres : les territoires, les collectivités, les start-up, les citoyens - ce qui n'était pas forcément une habitude, et pas seulement pour nous.

Qu'attendez-vous, de ce point de vue, des Entretiens du Cadre de Ville du 5 octobre, et de ses débats autour de cas pratiques ?
Ces Entretiens sont utiles pour découvrir, chercher ou conforter des idées, comprendre des tendances, entendre des retours d'expérience, trouver de nouvelles références dans la multiplicité des thématiques, et chercher de nouvelles synergies.

Evidemment, les Entretiens sont également une instance de parole. Nos présentations de cas - cette année Dijon et Auxerre - sont aussi une belle opportunité d'échanger sur nos solutions, dans le milieu de l'aménagement où le partenariat avec les énergéticiens est en pleine évolution.

Les Entretiens ouvrent nos univers. L'an dernier, j'avais écouté une start-up du Maine-et-Loire sur la transformation des déchets en matériaux de construction. EDF n'en fera peut-être rien, mais le sujet ouvre une porte supplémentaire. Tout comme l'a fait un autre intervenant sur les fontaines et dispositifs à base d'eau en ville, ou PowiDian qui travaille dans l'hydrogène et les énergies renouvelables.
Les Entretiens offrent l'accès à une information qualifiée précise sur ces sujets d'aménagement qui construisent des solutions. Ils m'apportent une meilleure compréhension de ces enjeux, et sur la façon dont on peut faire évoluer l'aménagement.
Propos recueillis par Rémi Cambau