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21 juillet 2021

Christine Leconte : "L'architecture est indispensable pour affronter la crise sociale et écologique"

"L'architecture est une solution pour la qualité de vie en ville et pour faire émerger des formes urbaines et une qualité spatiale de nos logements. Arrêtons d'imaginer qu'il n'y a que deux formes urbaines : le pavillonnaire et le logement collectif", explique la nouvelle présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes, Christine Leconte. Elle va réenclencher à la rentrée des discussions avec les bailleurs sociaux et les promoteurs pour avancer sur les enjeux de qualité du logement et de rénovation. Christine Leconte, militante d'une architecture du quotidien, contextualisée et embarquant les habitants, fait aussi valoir le travail engagé par les architectes sur les formes urbaines et sur la division parcellaire dans les lotissements - des lotissement qu'elle appelle à transformer en "quartiers", davantage peuplés et animés, toujours dotés de leurs qualités intrinsèques, des espaces verts notamment.

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Vous êtes la nouvelle présidente de l'Ordre des architectes et vous serez l'une des intervenantes à notre table ronde d'ouverture des Entretiens du Cadre de Ville qui se tiendront le 5 octobre prochain, en présentiel et en distanciel (> Consulter le programme). Quelles sont les priorités de votre mandat ?
Avec ma liste, nous avons déposé un programme tourné vers l'ouverture, pour réconcilier l'architecture avec la société, avec le cadre de vie, avec les élus aussi. Nous voulons redonner confiance, donner envie de considérer l'architecture comme une solution face aux enjeux écologiques et sociétaux - dans notre discipline, il y a énormément de pionniers, qui ont des solutions efficaces, nous allons travailler à leur donner une visibilité pour qu'ensuite les politiques publiques s'en emparent et valorisent ce savoir-faire.

Nous ne défendons pas une profession, nous ne nous plaçons pas dans une position corporatiste mais bien dans une position d'ouverture. Nous devons travailler tous ensemble à la survie même de la planète et de notre espèce sur Terre. L'architecture dans le cadre de vie est une solution indispensable pour affronter la crise sociale et écologique. 

C'est donc un positionnement extrêmement sociétal que nous souhaitons donner à l'Ordre, mais qui correspond, je crois aussi, aux aspirations des architectes. Beaucoup de mes consœurs et confrères s'orientent vers la réhabilitation et la rénovation, ce qui permet de limiter les déchets, de travailler à une meilleure utilisation de l'existant et à la sobriété foncière, et de développer des typologies d'habitat qui soient nouvelles, le réinventent.

La crise de la Covid-19 et les confinements ont été suivis d'une prise de conscience très forte des Français sur ce qu'ils attendent de leur habitat. La relation avec l'extérieur, la lumière, une cuisine qui puisse être fermée pour éviter les odeurs, de quoi ventiler, des espaces pour les enfants, des espaces pour travailler. Ces événements ont redonné la capacité aux Français d'être exigeants sur leurs conditions de vie.

Cette aspiration à une meilleure qualité de vie percute les enjeux écologiques sous-jacents. On se retrouve à devoir concilier les deux. L'architecture est une solution pour la qualité de vie en ville et pour faire émerger des formes urbaines et une qualité spatiale de nos logements. Arrêtons d'imaginer qu'il n'y a que deux formes urbaines : le pavillonnaire et le logement collectif. Entre les deux, il y a énormément de manières d'habiter et de concevoir du logement et tout reste à inventer, que ce soit l'habitat intermédiaire, l'habitat participatif, l'habitat semi-collectif (deux ou trois appartements ensemble) ou encore l'habitat groupé. Il y a beaucoup d'inventivité à venir insérer dans les villes, à travailler en fonction des habitants. Et cela ne peut se faire que si l'on donne la possibilité aux architectes de favoriser cette émergence de nouvelles typologies urbaines.

Quelle place est accordée aux architectes actuellement ?
Les élus doivent comprendre que les architectes sont des alliés dans l'intérêt général. Nous avons vocation, et c'est pour ça que nous sommes une profession réglementée, à être conseil auprès d'eux. Des trains sont passés sans nous, par oubli ou méconnaissance. A nous de prendre notre bâton de pèlerin, pour réexpliquer comment travaille un architecte, le besoin d'avoir un bon programme, de travailler en amont pour définir les bons enjeux pour une parcelle mais aussi d'orienter vers la rénovation - aujourd'hui, plus de la moitié de la profession travaille sur cette question et l'on a le Pritzker Prize qui est le fer de lance de toute cette possibilité de solutions de réhabilitation et de rénovation.

La commission Rebsamen, dont l'Ordre est absent, travaille sur la construction neuve.
Cette commission fait suite à la loi Elan et veut répondre à l'impératif de quantité de logements neufs alors qu'à côté a été créée une petite commission qui travaille sur la qualité du logement, avec François Leclercq. Opposer quantité et qualité n'est plus possible aujourd'hui. Nous appelons plutôt à un débat pendant la présidentielle autour de cette qualité de l'acte de bâtir dans les villes et de la manière d'habiter la France de demain. Il y a eu trop d'alertes sous la mandature écoulée pour que ce soit un sujet qui passe à la trappe, entre la crise des gilets jaunes qui venait aussi d'un profond malaise sur la fabrication du périurbain et de l'utilisation de la voiture donc des questions d'architecture et d'urbanisme, jusqu'au Covid où le malaise relève de notre fabrication du logement et de l'intimité. Dans la Métropole du Grand Paris, un quart des ménages de plus de deux personnes est en situation de surpeuplement. En travaillant sur le logement, on travaille sur l'épanouissement de la société.

Si nous voulons tenir collectivement les objectifs de zéro artificialisation nette, qui sont essentiels à l'écologie, il faut créer des logements en ville qui donnent envie aux habitants de réinvestir les cœurs de ville, notamment de petites et villes moyennes. C'est pour cela que les programmes Action cœur de ville et Petites villes de demain sont si importants et qu'il faut les accompagner avec de la qualité, en prenant un concepteur, et en travaillant en trio habitants - architecte - élus. Il vaut mieux 5 familles bien logées en centre-ville que dix logements mal fagotés en cœur de ville.

"Il y a beaucoup d'architectes qui vont s'installer dans des villes moyennes, dans des petites villes, qui réinvestissent ce qu'on aurait pu appeler des déserts architecturaux et qui vont s'installer au plus près des territoires, comme des médecins de campagne".

Petites villes, rénovation... Vos propres homologues n'ont pas toujours eu un intérêt appuyé pour ces typologies. Leur regard est-il amené à évoluer ?
Le fait que nous ayons été élus à 70% des voix avec 93% de participation, cela prouve qu'il y a au moins un élan parmi les 300 conseillers régionaux, qui eux-mêmes ont été élus par les architectes autour de l'idée d'une architecture proche des territoires. Avec le conseil national, nous allons renforcer les liens avec les conseil régionaux qui sont en proximité. Aujourd'hui, il ne faut pas opposer les architectes entre eux, il faut juste voir qu'il y a un mouvement extrêmement fort d'engagement des architectes, notamment de la jeune génération, sur les valeurs écologiques de réemploi et de confort.

Beaucoup d'architectes vont s'installer dans des villes moyennes, dans des petites villes, réinvestissent ce qu'on aurait pu appeler des déserts architecturaux, au plus près des territoires, comme des médecins de campagne. L'attachement au lieu favorise un attachement à la question architecturale et crée des liens de confiance. Cela peut se faire à toutes les échelles de territoire. Les jeunes architectes sont en phase avec les questionnements qui traversent la société, et au-delà, l'expérimentation est au cœur du processus architectural. La question du réemploi, du circuit court - aller chercher des matériaux de proximité -, le fait d'aller au plus près des habitants pour les faire réinvestir les cœurs de ville, ce sont des démarches qui existent, qui sont pionnières et que nous essayons de les porter à la connaissance de tous. Nous ne sommes pas les seuls, c'est un élan collectif, avec les CAUE, les architectes conseils de l'Etat, toutes les personnes qui ont fait des études d'architecture et ne sont pas forcément inscrites à l'Ordre mais portent ces valeurs collectives.

Vous avez parlé des centres-villes. Mais les périphéries ne pourraient-elles pas êtres des laboratoires pour les formes urbaines à réinventer ?
C'est un sujet très important parce que c'est souvent le parent pauvre des discussions dans les PLU. C'est un tissu extrêmement compliqué parce que c'est du micro foncier - chaque habitant possède sa parcelle. Les pouvoirs publics ont l'impression que ce tissu est très difficile à faire évoluer mais la loi Alur a permis la division parcellaire et aujourd'hui, le tissu urbain du parcellaire mute déjà. Il faut maintenant que ces mutations soient organisées. C'est important parce ce que le tissu pavillonnaire est un endroit où la biodiversité est encore installée, avec des cœurs d'îlots foisonnants et verts - il y a des jardins. Si on divise ces parcelles sans réflexion collective, on va perdre cette qualité urbaine.

"La division parcellaire est une très bonne chose mais elle doit être organisée sous peine que les parcelles soient mal découpées. Plus on divise, plus on crée du microfoncier, et moins on a une possibilité d'action collective sur la manière dont le foncier est découpé. L'exemple typique c'est une maison sur sa parcelle, avec le fond du jardin est coupé où sera construite une maison".

Comment réparer ces lotissements ?
Il faut les densifier de manière douce pour apporter une évolution propre au territoire, pour ramener une forme de mixité, c'est-à-dire qu'on n'ait plus un lieu dortoir, où l'on ne peut circuler qu'en voiture pour faire ses courses et emmener ses enfants à l'école. Dans ces quartiers-là, nous pouvons augmenter la population, en travaillant sur des imbrications de formes urbaines qui nous permettent de venir redévelopper, petit à petit, une maison de quartier, une école, ou un relais poste, de venir reconstruire de la ville à partir de cet habitat très individualisé. Et tout cela sans perdre les qualités qui font que les habitants sont venus ici : la possibilité d'inviter ses voisins, de faire des barbecues, de sortir à l'extérieur. On peut conserver cela, tout en redonnant à ces quartiers une accroche de vie plus collective, en faisant participer les habitants au changement, pour que ce soit accepté et partagé. Le modèle de la ville étalé n'est pas viable pour une société comme la nôtre, donc c'est une manière de concilier le cadre de vie de chacun avec des objectifs collectifs pour la planète.

Qu'est-ce qui pourrait être une bonne division parcellaire ?
La division parcellaire est une très bonne chose mais elle doit être organisée sous peine que les parcelles soient mal découpées. Plus on divise, plus on crée du microfoncier, et moins on a une possibilité d'action collective sur la manière dont le foncier est découpé. L'exemple typique, c'est une maison sur sa parcelle, avec le fond du jardin coupé sur lequel sera construite une maison. Sauf que dans le PLU, il faut une voie pour amener à cette maison, donc on met du bitume. Le PLU oblige aussi à ce qu'il y ait deux places de parkings, donc on va bitumer deux places de parking. Et l'on se retrouve, au lieu d'un grand jardin avec de la biodiversité, avec deux jardins plus petits, entrecoupés par du béton, et cela, de manière démultipliée à l'échelle du quartier.

Si toutes les personnes d'un îlot se disent "on va chacun vendre un bout de jardin pour créer un habitat partagé", au lieu de rediviser sans cesse, on va travailler sur une forme de remembrement qui permettra de faire émerger quelqu'un qui construira une épicerie, qui apportera quelque chose à notre quartier. Au lieu de penser en lotissement, cela oblige à penser en quartier et à trouver un moyen de se servir de la division parcellaire comme d'une force collective et non comme un moyen de vendre un terrain de manière individuelle. Cela demandera du temps, de la concertation, mais des architectes travaillent désormais sur ces formes, en allant sur les territoires pendant plusieurs semaines à la rencontre des habitants, pour les aider à construire ce type de récit de quartier. Cela fait partie d'une forme d'architecture immatérielle.

Vos homologues architectes n'ont pas tous la même appétence pour la vision urbaine...
Nous sommes passés d'une ère de l'objet, où l'on nous on donnait un programme et où l'on travaillait sur la parcelle, à une ère où lorsqu'on travaille en architecture, on travaille sur une échelle plus large de l'urbanisme. Pensez à un centre commercial qui s'installerait en entrée de ville... Chaque permis de construire déposé est aussi un acte d'urbanisme. Nous avons tendance à l'oublier collectivement. Si autant d'architectes dézooment et se positionnent sur un discours très urbain, c'est parce que nous ne voulons plus que chaque objet architectural soit vu séparément, nous avons conscience du collectif dans la fabrication de la ville - et que l'architecte a toute sa part dans ce discours là.

Cela veut dire un architecte qui serait consulté très en amont pour les PLU notamment ? C'est une demande ancienne de l'Ordre.
Sous la mandature de la présidente Catherine Jacquot, nous avions en effet beaucoup appuyé sur cette question des PLU et de la présence des architectes dans leur fabrication. Il y a encore beaucoup de PLU réalisés sur le modèle des plans d'occupation des sols par des bureaux d'étude qui font encore un peu trop de copier-coller, surtout dans les petites collectivités. Il serait important d'aider les élus à se rendre compte que faire un PLU coûte cher mais que c'est pour eux l'une des armes garantissant la qualité de vie dans leur territoire. 

"Aujourd'hui, la promotion immobilière ordinaire devra évoluer vers ces modes de faire différents : habitat participatif, coopérative de logements, baux emphytéotiques, BRS... Il faut que les promoteurs s'en emparent. L'avenir de la promotion est dans la réhabilitation, dans des logements atypiques, attachants parce que différents. C'est ça aussi l'avenir, de savoir se réinventer à partir de l'existant".

Vous parliez d'ouvrir des discussions avec tous les acteurs. Quels partenariats renouer, réinventer en priorité ? Avec les promoteurs ? Les bailleurs sociaux ?
Dès l'automne, nous aurons une prise de contact très forte. Notamment, ma présence à la plénière du congrès de l'USH est un symbole fort parce que le logement social et sa qualité, et l'implication des pouvoirs publics dans la fabrication du logement social, est pour nous indispensable. Nous serons aux côtés de l'USH pour garantir la qualité de la production. Rien de tel pour un architecte que d'avoir un bailleur qui sera son propre maître d'ouvrage parce qu'il sait que derrière il va gérer le bâtiment.

Avec la FPI, qui vient de renouveler ses instances, nous avons aussi envie de travailler ensemble. La crise sanitaire a entraîné, pour les promoteurs immobiliers, ce besoin d'apporter une forme d'acceptabilité de ce qu'ils produisent.  Aujourd'hui, la promotion immobilière ordinaire devra évoluer vers ces modes de faire différents : habitat participatif, coopérative de logements, baux emphytéotiques, BRS... Il faut que les promoteurs s'en emparent. L'avenir de la promotion est dans la réhabilitation, dans des logements atypiques, attachants parce que différents. C'est cela aussi l'avenir, de savoir se réinventer à partir de l'existant. Appuyons-nous sur les bailleurs sociaux pour réaliser cette mission d'expérimentation des outils et des formes urbaines, avec une exigence de qualité extrêmement forte. Nous irons les uns vers les autres sans langue de bois et avec beaucoup de bienveillance arriver à concilier qualité et rentabilité et trouver les points de convergence pour pouvoir mettre sur le tapis ce qui pose problème. 

Quelles sont les pistes pour arriver à des modèles économiques soutenables ?
Il y a plusieurs pistes. Peut-être déjà qu'il faudrait arrêter de penser à court terme et sur le périmètre de chaque opération. Nous n'y arriverons plus, c'est XXe siècle. Aujourd'hui, si on continue à suivre chacun notre individualisation des modèles économiques, nous allons droit dans le mur. La question du bilan économique à la petite échelle est passéiste. Le réchauffement climatique nous oblige à réfléchir à une économie différente, à plus long terme. Nous avons vraiment besoin des pouvoirs publics pour nous aider à arbitrer cette question, à mettre les banques et les assurances autour de la table, à saisir la question du foncier comme un enjeu majeur, et à ouvrir des états généraux du logement. Notre objectif est d'abord de concilier qualité de vie indispensable et enjeux écologiques. Nous avons des solutions qui vont demander une expertise technique et du temps mais qui nous permette par exemple de limiter les matériaux, de travailler sur les nouvelles formes urbaines, etc. Le temps peut être un allié. Parfois, en donnant plus de temps à la réflexion, on des solutions de bon sens qui émergent. 

Vous avez un exemple ?
Vous êtes un élu. Vous avez fait appel à un promoteur pour faire une étude de capacité et remplir une parcelle au maximum avec 15 logements. Ce n'est pas la même chose que si un promoteur vient avec 12 ou 13 logements mais que chaque logement a un espace extérieur, et qu'au rez-de-chaussée, il y a une salle pour du vélopartage ouverte à tout le quartier. Tout à coup, les habitants d'à côté vont se dire qu'ils gagnent un service avec le nouvel immeuble, et les nouveaux venus vont avoir envie de venir grâce à des services qui font qu'ils n'ont plus besoin d'utiliser leur voiture, tout en permettant un accès à un jardin à leurs enfants ou à un barbecue en réservant. Le problème, c'est qu'on a opposé des envies d'usages. A nous de nous réapproprier ces usages là et de les réinvestir, de voir ce que l'on peut partager à l'échelle d'un immeuble, à l'échelle d'un quartier, d'un îlot. La question de fond est "qu'est-ce que chaque projet apporte à la ville ?".

"L'une des mesures qui me semble essentielle et qui est en train d'être faite par le monde associatif, c'est le manifeste de la frugalité heureuse. Une cartographie de tous ces matériaux locaux, des producteurs investis sur le territoire, un peu comme on le fait pour l'alimentation. Il faut que tout maître d'ouvrage qui se sent concerné et tout maître d'œuvre qui en ait envie puisse savoir  quels sont les matériaux qui sont produits dans un rayon de 200 kilomètres".

Qu'est-ce que vous attendez du gouvernement ?
Aujourd'hui, nous avons des discussions sur la rénovation. C'est un point essentiel. Petit à petit, nous voulons faire prendre conscience de l'importance de l'architecte dans le mode opératoire de fabrication de la rénovation, que ce soit à l'échelle de la rénovation thermique des maisons individuelles (y compris pour un conseil aux particuliers) ou d'une extension, qui peut être un moyen de repenser les modes d'usage dans la maison. Quelle mission on confie aux architectes et à quelle échelle ? On a pléthore de solutions à aborder en fonction des objectifs mais en tout cas l'architecte peut être engagé sur quasiment toutes les phases et les formes de rénovation.

Par ailleurs, actuellement, certains veulent simplifier les procédures en passant d'un permis de construire à une déclaration préalable mais quand on fait ça, on supprime l'obligation de recours à un architecte, on supprime donc toute intervention qualitative et sécuritaire. Il faut pouvoir garantir la qualité quand on réhabilite, à toutes les échelles et pour tous les bâtiments.

Autre sujet qui va être important : rentrer dans les objectifs ZAN et la qualité des logements. L'Etat a un objectif de 500 000 logements neufs par an, on arrive à 360 000 logements. Mais finalement, est-ce que 360 000 logements de qualité c'est si mal ? Faut-il que nos décisions concernant l'acte de bâtir soit liées à l'économie de marché ou peut-on dézoomer et prendre conscience de l'importance du cadre de vie pour une société qui va ainsi avoir de bonnes bases pour s'épanouir ?

Un mot sur les matériaux biosourcés et leur usage. Les choses évoluent mais lentement. La filière bois peine à se structurer de manière déterminante.
Les architectes se forment, mais si la production ne suit pas en amont, et que les commanditaires n'en ont pas envie, nous n'aurons jamais de filières tracées. C'est une question de volonté. Et de contexte. On ne peut pas avoir envie de faire monter la filière bois dans des territoires qui n'ont pas de bois. Donc la question c'est plutôt quel matériau à quel endroit ? Nous parlons aussi d'architecture de circuit court. Comment chaque territoire révèle ses propres ressources et s'appuie dessus ? En Isère, de manière ancestrale, la terre crue est travaillée. Ce recours à ce matériau est très intéressant dans des bâtiments en temps de réchauffement climatique parce qu'il capte la chaleur, la restitue sous forme de déphasage, avec le temps. Ces matériaux bio et géo-sourcés ont un impact positif à la fois sur la captation de carbone et le confort de vie.

L'une des mesures qui me semble essentielle et qui est en train d'être faite par le monde associatif, c'est le manifeste de la frugalité heureuse. Une cartographie de tous ces matériaux locaux, des producteurs investis sur le territoire, un peu comme on le fait pour l'alimentation. Il faut que tout maître d'ouvrage qui se sente concerné et tout maître d'œuvre qui en ait envie puisse savoir quels sont les matériaux qui sont produits dans un rayon de 200 kilomètres. Cela devrait être porté par l'Etat, en open source, c'est un document essentiel qui va nous permettre de passer à une dimension supérieure, qui dépasse les normes, les réglementations et qui est une question de bon sens.

Propos recueillis par Lucie Romano le 13 juillet 2021