Éditorial
Les Entretiens du Cadre de Ville tracent la voie d'un aménagement juste, durable et résilient
Alexandre Excoffon
Retour aux fondamentaux… Ce pourrait être le titre de l'édition 2026 des Entretiens du Cadre de Ville, dont les inscriptions viennent de s'ouvrir et qui se tiendront le 8 octobre prochain à la Maison de la Chimie à Paris. Dans un monde d'incertitude, les acteurs de l'aménagement se sont donnés de nouvelles boussoles. Accès au logement, justice sociale et environnementale, équilibre des territoires, sobriété, santé et bien-être, adaptation et atténuation ou encore défense des souverainetés constituent les objectifs - les grands principes - qui les guident dans la nécessaire transformation de leurs modèles opérationnels et économiques. Avant-goût, en projets, du programme des prochains Entretiens du Cadre de Ville.
La crise s'éternise et la filière s'est adaptée à la nouvelle réalité du marché, qui constitue sans doute la nouvelle normalité, pour quelques années encore. Les récentes annonces du gouvernement, qui fait enfin de la relance de la production de logement un objectif prioritaire, ont bien sûr donné une bouffée d'oxygène à de nombreux acteurs, mais elles ont, une fois encore, souligné les fragilités structurelles d'un modèle qui, bousculé par la nouvelle donne économique et financière, mais aussi par les impératifs de transition écologique, ne trouve plus son équilibre.
L'ajustement du cadre budgétaire et fiscal, tout comme la simplification et l'accélération des procédures d'urbanisme, si nécessaires qu'elles soient, ne font pas un projet de refondation de l'acte d'aménager. Si les acteurs ne renoncent pas, et continuent, coûte à coûte, à avancer, à s'adapter et à investir de nouveaux champs d'action, il leur reste, sur de larges pans de leur activité, à inventer de nouveaux modèles, opérationnels, économiques et partenariaux.
Quelles boussoles dans un monde incertain ?
Que faire, pour qui et avec qui ? Ces nouveaux chemins s'inventent sur la base des questions essentielles qui se posent tout au long de la chaîne de l'aménagement. A quels besoins faut-il répondre, comment et à quel coût ? Dans un monde rempli d'incertitudes, quelles sont nos boussoles ?
Les échanges riches que nous avons eus depuis le début de l'année avec le comité scientifique des Entretiens du Cadre de Ville ont rappelé une évidence. Il faut revenir aux fondamentaux et ne rien sacrifier à l'essentiel. Justice sociale et environnementale, équilibre des territoires, accès au logement, santé et bien-être, sobriété, adaptation et atténuation, mais aussi défense des souverainetés… Voici les mots qui se sont imposés. Les objectifs - et même les principes - auxquels nul ne veut renoncer.
Quelles sont les solutions, les exemples à suivre ? Comment réussir ces défis, avec les moyens actuels ? Comment inventer de nouveaux modèles, qui s'attachent à l'essentiel et font eux-mêmes preuve de sobriété, de créativité, d'efficacité ? Ces questions seront sur la table des prochains Entretiens du Cadre de Ville.
Justice sociale, environnementale et territoriale
Solidarité inter-collectivités en Bretagne, transition des territoires de montagne vers un nouveau modèle, durable et autonome, ou encore cartographie des risques et vulnérabilités des habitats sur le territoire grenoblois montreront la voie d'un aménagement juste, qui ne laisse personne au bord de la route.
L'accès de tous à un logement décent et abordable s'inscrira aussi comme une exigence transversale de ces Entretiens. La liste est très longue, entre mobilisation générale en faveur du logement étudiant, accueil des publics les plus vulnérables dans des hébergements "sans foncier fixe" à Rennes, prise en compte des défis sanitaires et sociaux sur le projet Gare des Mines à Paris, création d'un quartier à santé positive à Lille, requalification des copropriétés dégradées à Clichy-sous-Bois, bataille pour le logement permanent dans les villes en tension ou encore anticipation de l'arrivée de milliers de salariés dans les territoires en réindustrialisation.
Nouveaux jalons d'une ville sobre et résiliente
Gouvernance, méthodes, métiers et outils seront également interrogés dans leur capacité à relever les défis contemporains. Comment décliner et mettre en œuvre les objectifs de sobriété foncière ? Comment réussir la régénération de l'existant, de la transformation d'un ancien hôpital en pôle d'activité à Boën-sur-Lignon à la requalification d'une friche ferroviaire à Arles, en passant par la restructuration d'un supermarché en tiers-lieu social et nourricier à Nœux-les-Mines ? Comment associer, dès l'amont, de nouvelles compétences à la conception des projets, des artistes aux pédologues ? De nombreux exemples de démarches laboratoires démontreront la capacité des acteurs à se réinventer pour construire une ville sobre et durable.
Sans oublier l'urgence climatique et le défi de l'adaptation des territoires à des épisodes toujours plus nombreux, plus intenses et plus précoces. Sur ce sujet brûlant, l'eau constituera, cette année, le fil bleu de nos échanges, à travers trois projets démonstrateurs, à Fort-de-France, où une stratégie de "ville-éponge" commence à s'ébaucher, à Poitiers, où la renaturation de la Boivre constitue l'armature bleue du projet de transformation du quartier de gare, ou encore à Marseille, où le projet du parc des Aygalades aborde de front des problématiques multiples, hydrauliques, écologiques et urbaines.
Équilibres économiques et défense des souverainetés
Dans un contexte particulièrement contraint, les enjeux économiques seront aussi passés au crible. Soutien économique et financier aux politiques de relance du logement, renforcement du lien emploi-logement, apport décisif des foncières aux projets de revitalisation des territoires ruraux et des villes moyennes ou encore invention de nouveaux modèles incitatifs pour maximiser la performance carbone et foncière des projets d'aménagement. Là encore, de nombreux projets, comme le PUP carbone de la Jallère à Bordeaux ou le système de bonus-malus mis en place sur le secteur Val-de-Fontenay, montreront la voie à suivre.
Enfin, à l'heure où les équilibres géopolitiques vacillent, les questions de souveraineté, énergétique, industrielle, numérique ou encore militaire, auront toute leur place. Comment penser l'utilisation des énergies renouvelables dès la conception d'un projet d'aménagement ? Comment réinvestir d'anciennes friches pour y accueillir des industries décarbonées ? Comment développer une IA souveraine, au service des collectivités territoriales ? Des exemples, dans le Gard, à Reims ou dans le champ des grands acteurs publics, montreront la voie à suivre.
Bien évidemment, l'une des clés de la réussite sera la capacité des acteurs à se parler, à se comprendre et à embarquer l'ensemble des partenaires, publics comme privés, dans une démarche résolument collective. Rendez-vous le 8 octobre prochain, à la Maison de la Chimie à Paris, pour apporter de nouvelles pierres à ce débat essentiel.

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