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20 avril 2020

Appel : "un espace extérieur devrait être rendu obligatoire pour tout logement"

Même un T1 ou un T2 devrait être doté d'un "espace extérieur", en neuf ou en réhabilitation. Les premiers opérateurs consultés s'y disent favorables, à la suite de l'appel lancé par l'architecte Myriam Szwarc. "Appel aux architectes , paysagistes, maîtres d'ouvrages, aménageurs, bureaux d'études, bailleurs, promoteurs, élus locaux et surtout aux législateurs"...

Alors que le lancement d'études urbaines marque le pas de la part des maîtres d'ouvrages publics, villes, métropoles, SEM et EPA, les débats sont lancés chez les urbanistes et les architectes pour remettre à plat l'aménagement du cadre de vie. Chacun y va de sa proposition, et pose sa pierre. La tentative fédératrice du Pavillon de l'Arsenal, à Paris, va dans ce sens : Alexandre Labasse, son directeur, annonce le lancement d'un forum virtuel baptisé "Et demain, on fait quoi ?". Le Puca, sous la houlette d'Hélène Peskine, lance lui aussi, non seulement un appel à contributions, mais une veille sur le sujet. > Voir l'article de Cadre de Ville sur les deux appels du Puca

"Les modes de vie urbains, les conditions de fabrication de la ville, tout comme leurs usages, et les façons d'habiter, sont brutalement devenus, pour beaucoup obsolètes", écrit Alexandre Labasse. Pour le directeur du Pavillon, la pandémie de Covid-19 et le confinement agissent comme des révélateurs de questionnements déjà existants "et font surgir des problématiques inédites". https://www.pavillon-arsenal.com/fr/et-demain-on-fait-quoi/

L'architecte Myriam Szwarc va de son côté lancer cette semaine une initiative très concrète : obtenir l'ajout, dans le code de la construction, de l'obligation d'offrir un espace extérieur à tout nouveau logement neuf, aussi bien qu'aux logements réhabilités. "Même un T1 devrait en être doté", défend l'architecte urbaniste.  > Voir l'appel lancé par Myriam Szwarc, et les premières réactions

Elle a fait le tour de confrères, et de clients promoteurs privés ou bailleurs sociaux, mais pas encore d'élus - en attente de la libération que constituera le second tour de l'élection municipale, dont la date sera fixée le 23 mai, a rappelé dimanche soir le Premier ministre, contredisant sa ministre Jacqueline Gourault qui avait annoncé leur report "après l'été". Son tour de piste l'a convaincue, les acteurs sont prêts : "Il est grand temps de mettre le logement qualitatif au coeur de nos vies. Or, nous avons été confrontés à une réduction drastique des surfaces de logements, principalement en Île-de-France, pour résoudre une équation compliquée : surface versus qualité versus prix de vente. C'est marquant depuis une dizaine d'années. Les choix de réduction de surfaces ont été dictés par l'augmentation des prix d'achat du foncier, mais aussi par des critères pas toujours explicables par nous architectes... Et puis les architectes sont parfois accusés de dessiner des cages à poules."

L'architecte veut voir dans la dernière campagne électorale - antérieure au confinement - un signal qui va dans le même sens : la critique d'une densité devenue moins supportable. "Beaucoup d'élus ont été bousculés", témoigne-t-elle, convaincue que, sorti de l'urgence vitale, beaucoup de questions vont ressortir de manière vive. "Cette idée de la densité sera encore plus tabou".
Les échanges qui fleurissent sur les réseaux sociaux d'urbanistes semblent déjà lui donner raison. Ainsi, sur urbanews, Edouard Malsch, urbaniste à la communauté de communes des Vals du Dauphiné, signe "un modèle urbain à l'épreuve du confinement".

"Une obligation morale, éthique, humaine, de produire des logements de qualité"

Mais Myriam Szwarc se veut plus précise, et cible la répartition des surfaces à l'intérieur du logement. "Après l'urgence sanitaire, on aura encore plus besoin de construire des logements, et les architectes auront toujours l'obligation morale, éthique, humaine, de produire des logements de qualité."

Un des paramètres essentiels de cette qualité sont "la lumière naturelle partout, l'espace extérieur obligatoire, et le rapport intérieur-extérieur". "Aujourd'hui, on nous demande de produire des T1, des T2, parfois des petits 3 pièces sans espace extérieur. De façon un peu provocatrice, j'en appelle à la loi, car parfois sa contrainte est plus que bienvenue. Ne peut-on pas retoucher la règle de l'adaptation PMR des logements ? La loi Elan a permis de passer à la notion de logements évolutifs, mais aujourd'hui on attend leur définition technique précise. Or, sans l'obligation dans tous les immeubles collectifs que tous les logements doivent être accessibles PMR dans la salle de bains et les WC les architectes retrouveraient une marge de manoeuvre pour créer un espace extérieur, même dans un T1."

L'architecte en fait la démonstration : "On a des salles de bains de 4 m². Or, dans un studio de 37 m², cette pièce sans fenêtre ni ventilation naturelle pourrait être un peu réduite. On peut considérer qu'entre 1,5 et 2 m² peut être remis dans l'espace de vie et dans l'espace extérieur".

"La réhabilitation des quartiers Anru doit s'accompagner de la création d'espaces extérieurs"

Myriam Szwarc est persuadée que les futurs acquéreurs ne vont pas accepter les logements demain comme ils les achetaient hier. "Les promoteurs qui réfléchissent à la façon dont ils vont vendre demain le comprennent, et encore plus pour les tous petits logements. S'il y a différenciation entre les promoteurs qui utiliseront cet argument de vente de T1 ou T2 "avec un balcon", on va vite voir la règle rentrer dans les moeurs".

La mesure devrait, pour l'architecte, ne pas se limiter au logement neuf. "Dans la rénovation des quartiers Anru, où on sent que c'est plus difficile de rester confiné, la réhabilitation obligatoire des façades doit s'accompagner de réalisation d'espaces extérieurs. Il ne s'agit pas seulement de changer les fenêtres et d'isoler. Il est très rare aujourd'hui qu'on rajoute des balcons. Or, ce devrait être une obligation. C'est vital." A l'appui de son point de vue, des opérations restées emblématiques comme la tour Bois-le-Prêtre à Paris, ou la tour 27 de Vigneux-sur-Seine, démontrent la faisabilité de l'idée dans à peu près toutes les circonstances.

Myriam Szwarc demande qu'on inscrive ce principe comme une obligation - "le législateur a sur le faire pour imposer la RT 2012, et nous allons passer à la RT 2020. Respecter l'obligation d'un espace extérieur pour tout logement, où est le problème ? L'équilibre économique saura être trouvé, comme il l'a été pour les obligations environnementales. Le logement de qualité est un droit dans le futur !"

Rémi Cambau