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26 août 2020

Johan Ransquin : "L'Ademe veut accompagner les territoires sur des trajectoires compatibles avec la Stratégie nationale bas carbone"

L'Ademe, Agence nationale de la transition écologique, se veut une AMO pour accompagner, au plus près du terrain et dans une approche transversale et intégrée, les collectivités, les aménageurs, et les entreprises à mener la transition écologique nécessaire à toutes les échelles. Entretien avec le directeur de la DAAT, la Direction Adaptation, Aménagement et Trajectoires bas carbone, à quelques semaines des Entretiens du Cadre de Ville, le 8 octobre. Un événement dont est partenaire l'Agence et au cours duquel seront, entre autres, présentés les retours d'expérience de plusieurs quartiers bas carbone.

Après une 4e Edition consacrée à l'adaptation permanente au changement, le comité scientifique des Entretiens du Cadre de Ville dont fait partie l'Ademe propose de "passer à l'acte" sur 16 thématiques qui font bouger la ville. Des thèmes évidents à l'épreuve du coronavirus. Aération, densité vivable, proximité, mobilités, biodiversité et sols vivants, services, quelle nouvelle qualité urbaine ? Une journée pour découvrir les avancées déjà en oeuvre. Avec aussi 5 key-notes et une table-ronde, les 5e Entretiens du Cadre de Ville amèneront les porteurs de 36 expériences d'aménagement urbain à échanger avec 700 professionnels sur des modes enrichis bi-média. 

> voir le programme et la liste des 36 projets innovants et des 50 intervenants le 8 Octobre 2020 - Et maintenant, des villes sobres, agiles et résilientes - Le temps du passage à l'acte

Johan Ransquin, DAAT de l'Ademe

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L'Ademe, Agence nationale de la transition énergétique, est partenaire des Entretiens du Cadre de Ville, qui auront lieu cette année, le 8 octobre. Que vous inspire la thématique de cette année, "Et maintenant, des villes sobres, agiles et résilientes" (> Retrouvez ici le programme des Entretiens) ?
Cela sonne à mes oreilles à la fois comme l'avenir et l'actualité. La crise sanitaire nous a rappelé que les habitants, qui vivent à 80% dans des villes aujourd'hui, devraient y vivre bien, et avec un impact environnemental le plus réduit possible.
Suite à cet épisode de crise sanitaire, on voit émerger des aspirations différentes, telles que le retour à la compagne ou le renouveau des villes moyennes, mais ce seront des pratiques à évaluer finement. La ville va devoir encore se réinventer davantage encore pour rester attractive et permettre une activité professionnelle dans les meilleures conditions possibles. Beaucoup de personnes ont découvert la possibilité de télétravailler et se disent qu'elles pourraient habiter plus loin. Nous serons attentifs à ce que cela ne favorise pas l'étalement urbain, que cela ne renforce pas les déplacements [et l'usage de la voiture personnelle]. Une charnière se présente. On ne sait pas dans quel sens les choses évolueront.

Créée début 2020, votre direction, la DAAT, la Direction Adaptation, Aménagement et Trajectoires bas carbonefait le lien entre l'approche temporelle de l'adaptation au changement climatique et l'approche spatialisée fondée sur la planification urbaine et l'aménagement de nos villes et territoires et, tout en conjuguant les aspects liés à l'atténuation. Comment faire avancer les choses concrètement ?
L'Agence veut changer de braquet et accompagner les territoires dans leur diversité sur des trajectoires compatibles avec la Stratégie nationale bas carbone. Nous recherchons une approche transversale des sujets. Comment concilier aménagement et nécessité de rendre la ville plus résiliente ? Comment, par exemple, tirer bénéfices de la nature pour améliorer l’infiltration des eaux de pluie ? Comment atteindre la neutralité carbone en 2050 ? 

Nous avons lancé l'année dernière [en juin 2019] l'AMI planification urbaine 2 degrés, rebaptisé planification bas carbone. 16 collectivités sont accompagnées pour que leurs documents de planification intègrent une approche systémique du bas carbone et de la question de l’atténuation au changement climatique.

Les collectivités accompagnées pour leur planification urbaine
-communauté de communes des 4B Sud Charente (Charente)
-communauté de communes Xaintrie Val’Dordogne (Corrèze)
-communauté de communes Coutances Mer et Bocage (Manche)
-Saint-Anne (Guadeloupe)
-communauté de communes de la Haute Ariège (Ariège)
-Montpellier Méditerranée Métropole (Hérault)
-Grande région de Grenoble (Isère)
-communauté de communes Rhône Crussol (Ardèche)
-Est Ensemble (Seine-Saint-Denis)
-Euro Métropole Strasbourg (Bas-Rhin)
-Ville d’Avignon (Vaucluse)
-PETR du Pays Horloger (Doubs)
-Intercom de la Vire au Noireau (Calvados)
-agglo Cœur d’Essonne (Essonne)
-communauté de communes de l’Aire à l’Argonne (Meuse)
-communauté de communes Loue Lison (Doubs)

Comment, d'une ambition nationale, on descend d'échelle géographique pour concrétiser les choses ? Une AMO est mise à la disposition de ces territoires qui veulent expérimenter, et l'idée sera ensuite de tirer parti de cet accompagnement pour valoriser les solutions émergées sous la forme d'un guide méthodologique pour aider davantage de collectivités. On espère ce guide pour le premier trimestre 2021.

Nous travaillons parallèlement à l'accompagnement de certaines régions, en lien avec Régions de France, pour décoder leur Sraddet, et les aider à identifier si elles sont sur la bonne trajectoire par rapport à la Stratégie nationale bas carbone. Le décryptage permet à la fois d'évaluer ce qui est fait (sans être critiques ni sanctionner) et de traduire les objectifs SNBC à un niveau régional. Ce travail a été lancé en début d'année avec trois régions pilote : Nouvelle Aquitaine, Centre Val de Loire et La Réunion. Fin septembre, on devrait avoir fini le développement méthodologique en commun avec chaque région (données énergie, etc.) puis à l'automne nous pourrons tester des scénarios alternatifs. Une méthode pourra être déployée à l'ensemble des régions de France au 1er trimestre 2021.

Cette logique d'accompagnement des territoires prévaut aussi avec les CTE (contrats de transition écologique), qui portent une approche plus globale, systémique et traitent de manière transversale les enjeux. La logique est "challengente", avec des financements dépendants de l'atteinte des objectifs.

Mais faire transversal n'est pas évident. Par exemple sur le ZAN, cela recoupe différents sujets, d'aménagement, de logement, de reconversion de friches, d'adaptation, de fiscalité... Pour les élus, dans les conditions actuelles, il est plus simple de construire un nouveau quartier que d’en démanteler un pour le refaire. 

Et les 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat ont fait des propositions plus strictes que les autres acteurs en matière de ZAN... 
Les prises de positions politiques ne seront pas évidentes à prendre.

Vous avez aussi lancé l'AMI "Quartiers à énergie positive et à faible impact carbone" et sélectionné 22 projets de quartiers qui bénéficieront d'un appui technique et juridique - de quoi là aussi aider les territoires et poser les bases d'un futur label. Plusieurs seront présentés à l'occasion des Entretiens du Cadre de Ville (lire ICI).
C'est la même logique mais cette fois tournée vers les aménageurs. Dans le cadre de la RE2020 à venir, prenant en compte l'énergie mais d'autres paramètres également, dont le bas carbone, l'idée est d'expérimenter à l'échelle du quartier lui-même, tant les besoins énergétiques, que d'interconnexions ou de logiques d'implantation par rapport aux lieux de travail. Là encore, l'idée est de les accompagner pour qu'ils se placent dans une logique de transition énergétique et écologique, en les embarquant à la fois sur de l'atténuation mais aussi sur de l'adaptation, qui nécessite de l'anticipation - par exemple, est-ce que l'aménageur a réfléchi à la vulnérabilité au changement climatique dans le contexte du réchauffement climatique en cours ? à un modèle économique résilient ? qu'est-ce qui se passera pour son opération avec deux degrés de plus ? le bâtiment est-il évolutif ? S'il y a une inondation, l'enjeu n'est pas seulement de construire une digue, mais d'éviter le ruissellement en cessant d'artificialiser des surfaces - qui accentuent le phénomène - pour que la nature et le sol puissent rendre les services qu'ils sont en mesure de rendre.

En étant devenue partenaire de l'Agence nationale de la cohésion des territoires, l'idée de l'Ademe est encore d'entrer dans cette logique systémique ?
En effet, nous portons également dans ce cadre une approche globale (économie circulaire, écologie industrielle, etc.) et concertée sous la houlette de l’ANCT, avec une offre d'ingénierie adaptée, plus ou moins pointue et transversale, en fonction des besoins des territoires. Les directions régionales vont pouvoir les accompagner en évaluant ces besoins et en y apportant des réponses. Par exemple sur la nature en ville, quelle essence d'arbres pour gérer les îlots de chaleur ?

Qu’attendez-vous des Entretiens du Cadre de Ville ?
Que l'on puisse faire naître une prise de conscience globale de l'intérêt à passer dans cette logique d’action. Faisons évoluer les choses, essayons d'avoir une approche intégrée pour éviter des avancées favorables sur un domaine qui auraient des répercussions négatives sur un autre domaine. Ce n'est pas facile à faire mais essayons d'agir sans regrets.

Propos recueillis par Lucie Romano le vendredi 10 juillet