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09 septembre 2019

Jean-Pierre Frémont : "La baisse des émissions de carbone est la boussole qui nous indique la bonne direction"

Pour le directeur d'EDF Collectivités, le changement d'approche doit être radical dans les domaines du bâtiment et des transports. Selon lui, "l'énergie est une matière première à intégrer en amont", dans la conception des mutations de l'existant. Et les solutions sortiront de la mise en commun entre acteurs : "Nous ne nous en sortirons pas en restant dans nos couloirs respectifs." Les Entretiens du Cadre de Ville du 15 octobre vont en offrir une occasion, de même que la Rencontre nationale des EcoCités le 14 octobre. Deux journées organisées à la CCI Paris Ile-de-France - voir les programmes ci-dessous.

Jean-Pierre FREMONT

"L'enjeu climatique demande une adaptation des villes et de leur aménagement", vient de déclarer le ministre du Logement et de la Ville, Julien Denormandie. Partagez-vous ce point de vue ? Dans quelle direction doit-on avancer en priorité selon vous ?
Adapter les villes, leurs projets et leur aménagement au réchauffement climatique est le grand défi du XXIe siècle ! En un mot, la ville de demain devra trouver une capacité de rebond face à cette "mutation lente et délétère", comme nous pourrions décrire le changement climatique.

Pour relever ce défi, la baisse des émissions de carbone est la boussole qui nous indique la bonne direction. En France, dans nos villes, c’est le bâtiment qui est la première source de gaz à effet de serre, avec près de 27% des émissions, devant le transport (25%). Agir sur le secteur du bâtiment, public ou privé, existant ou neuf, est donc une première priorité.

Comment construire ou rénover, pour avoir un bâti susceptible de s’adapter, soit à l’augmentation de la température, soit aux crises – inondations, tempêtes ? Ces questions relèvent de la bioclimatique et des simulations de thermique dynamique : il n’y a pas une construction qui puisse désormais se réaliser sans cette approche. Une approche qui doit s’intégrer aux contraintes économiques de la construction. Il faut pouvoir commercialiser les bâtis construits.

S’il y a la résilience au climat, permettez-moi de ne pas oublier la résilience d’usage : il est important que les constructions réalisées aujourd’hui soient durables. Elles doivent être capables d’héberger des activités humaines dans la durée. Il faut penser les évolutions du bâti.

"L'énergie n'est plus une simple question de raccordement du projet d'aménagement. Les diverses solutions de production locale doivent constituer des matières premières quand on conçoit la ville de demain"

Pour en venir plus précisément à la question énergétique, chaque projet doit permettre d’analyser les besoins en énergie et proposer une dimension "bas carbone". Il est possible aujourd’hui d’identifier les sources d’énergies renouvelables localement mobilisables. Cela peut sembler du bon sens, mais les solutions – notamment en matière d’EnR – ne sont pas les mêmes à Marseille, à Lille ou dans l’est de la France.

Pour faire simple, c'en est fini du projet d’aménagement qui considérait l’aspect énergétique comme une simple question de raccordement. Solaire, stockage, réseaux de chaleur renouvelable, projets de biomasse et de géothermie, services d’efficacité énergétique, nouveaux services urbains, offres d’autoconsommation… l’énergie fait partie des matières premières à savoir modeler pour imaginer la ville du futur.

Et en matière de transport ? Cela représente, vous l’avez rappelé, un quart des émissions de CO2…
Après le bâtiment, le transport est le second secteur sur lequel on peut agir pour réduire les émissions de CO2. Bien sûr, nous devons d’abord revoir nos modes de déplacement et privilégier les circulations douces autant que possible.

Mais le plus grand enjeu reste la voiture. Rappelons que près de 9 Français sur 10 utilisent leur automobile au moins une fois par semaine, et la majorité tous les jours (60%).
Là aussi, la fée électricité doit pouvoir se pencher au-dessus du berceau de nos villes, pour les accompagner dans leur lutte contre le réchauffement climatique, et pour préserver la qualité de l’air.

Je veux ici vous parler de la voiture électrique qui permet de se déplacer sans émission polluante, sans bruit, sans odeur… au bénéfice d’un espace public respirable et plus agréable. Des qualités pour les déplacements du quotidien, mais aussi pour les longs trajets pendulaires grâce aux nouvelles autonomies des véhicules.

Cependant, le sujet de la voiture électrique ne peut être abordé sans une réflexion d’ensemble, intégrant les plans de transport des territoires dans une approche multimodale, les mobilités pédestres, les nouveaux objets de mobilité urbaines (vélos électriques, trottinettes), les transports en commun peu carbonés (bus, train, …), sans oublier le transport des marchandises et le dernier kilomètre. Sur les transports lourds, l’hydrogène est un nouveau vecteur énergétique, notamment lorsqu’il est produit localement pour limiter son transport, et à partir d’une électricité bas carbone.

Je crois profondément à l’intérêt d’un maillage du territoire avec des infrastructures permettant l’essor de la mobilité électrique. De nombreux objets font leur apparition – du stationnement intelligent aux ombrières de parking photovoltaïques – qui rendront demain nos villes plus propres.

Faire le choix de la mobilité électrique, c’est surtout faire la démonstration de la capacité d’innovation et de projection dans le futur de son territoire. Et c’est bien comme acteur de cette transformation qu’EDF et ses filiales se proposent d’accompagner les territoires.

"Chacun doit sortir de son couloir. Pour préparer un avenir soutenable, il va falloir associer, outre les collectivités, les architectes, les urbanistes, les promoteurs, les bailleurs sociaux, les industriels."

Le thème des Entretiens du Cadre de Ville 2019, que soutient EDF, est "s'adapter au changement : quelles pratiques pour la ville de demain ?" et ils seront couplés avec la rencontre nationale des EcoCités. Qu'en attendez-vous ?
Incontestablement, le thème des Entretiens correspond à l’ambition et la philosophie que nous portons. Vous l’aurez sûrement compris, parmi "les pratiques" à mettre en œuvre pour répondre au changement climatique se trouvent les pratiques peu carbonées.

Il convient à cet égard d’adapter les villes, les quartiers, les projets, la mobilité. C’est ainsi qu’il est envisageable de réduire les émissions de CO2 et de préparer un avenir soutenable. Dans ce nouveau paradigme, il faut privilégier un contexte favorable et ambitieux d’échanges, en associant, outre les collectivités, les architectes, les urbanistes, les promoteurs, les bailleurs sociaux, les industriels. Nous ne pouvons rester les uns et les autres dans nos "couloirs" respectifs…

C’est notamment pour cette mise en relation d’acteurs, susceptibles de générer des dynamiques territoriales, que nous sommes heureux de participer aux Entretiens du Cadre de Ville. Le lien avec la rencontre nationale des EcoCités est également une belle idée pour faire vivre et affirmer un esprit d’innovation.

Je crois à l’innovation… partout, tout le temps ! Pour se maintenir à la pointe du progrès et garder un temps d’avance, nous devons redéfinir sans cesse nos champs d’études dans tous les domaines d’avenir. C’est, je le crois, une ambition partagée par tous les amoureux de la ville qui se réuniront le 15 octobre.

Propos recueillis par Rémi Cambau début septembre 2019

36 PROJETS DE LA VILLE ADAPTATIVE, 12 THEMATIQUES, PLUS DE 50 INTERVENANTS